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Alex Bernard: Mon père m’a acheté ma première basse 78

Cinquante ans de musique, il a traversé modes et tendances, accompagné les plus grands et sa modestie n’en a jamais souffert. Il continue comme un débutant à travailler tous les jours son
instrument à être curieux et passionné de tout ce qui est musique. Alex Bernard est le bassiste de référence aux Antilles françaises, et ses pairs lui vouent respect et admiration. Il nous est apparu opportun d’aller à la rencontre de ce géant de la basse que le hasard d’une famille de musiciens a fait musicien et dont les qualités humaines dépassent l’immense talent.

M : Alex avec tes frères, vous avez assuré depuis de longues années une relève celle d’un père et d’oncles musiciens.

AB:C’était d’abord le grand-père Armand Bernard qui était violoniste, il a eu quatre fils tous musiciens dont notre père Parfait était le dernier. Mon père était violoniste, son frère Gaétan clarinettiste. Ils étaient coiffeurs et c’est lorsqu’ils ont monté leur propre orchestre qu’ils se sont tous les deux mis au saxophone. Dès lors, mon père n’a plus joué du violon qu’à la maison.

M : Aucun des fils n’a repris le violon ?

AB: Non, pas plus que le saxo d’ailleurs. Nous avons eu la musique en nous parce qu’elle était
toujours présente à la maison. Les répétitions de l’orchestre « Les Frères Bernard » se faisaient à la maison de dix-huit heures à vingt et une heures et pendant les répétitions nous étions invités à regagner nos chambres. Il y avait un piano chez nous ainsi que d’autres instruments appartenant à mon père, mais dans un premier temps, il n’était pas question pour nous d’y toucher. Il y avait une vie assez particulière à la maison, ce n’était pas pour me déplaire…

M : Plus tard, vous avez pu enfin avoir accès aux instruments ?

AB: Oui. Mes soeurs ont appris le piano. Les garçons ont d’abord été attirés par la percussion et la batterie. Je n’ai eu ma première guitare qu’à l’âge de dix-sept ans pour avoir bien travaillé ! J’ai pris un an de cours, cela m’a été très profitable. J’ai alors fait parti de l’orchestre de la JEC avec quelques copains comme Paulo Rosine, Daniel Misaine, Voyer, Valrin, Christian Coco, Bibi Louison, Alain Devassoigne, Jean Paul Soïme. Tous ces copains à mes yeux jouaient très bien de la guitare ou du piano alors un jour, je me suis mis à jouer avec les cordes graves de ma guitare et c’est ainsi que je suis devenu bassiste. J’ai donc commencé à jouer de la basse sur une guitare ; après, c’est allé très vite… L’année d’après, j’étais le
bassiste de l’orchestre de Pierre Louiss.

M: Comment expliques-tu cette progression fulgurante ?

AB: Je pense que j’avais inconsciemment emmagasiné plein de choses dans l’environnement
musical qui était le mien dans la famille, que j’avais compris plein de choses et qu’il ne me restait qu’à acquérir la technique de l’instrument ce qui est allé aussi vite, car j’étais passionné.

M: Et que faisait Jacky durant cette période ?

AB: Jacky a quatre ans de moins que moi. À cette période j’avais dix-sept ou dix-huit ans donc lui n’en avait que treize ou quatorze, il n’était pas encore question pour lui de me suivre. Toutefois lorsque, à la maison je travaillais la guitare il m’écoutait me regardait m’observait et une fois que j’avais posé la guitare il essayait de reprendre les exercices que j’avais exécuté. Il a vite progressé puis il s’est mis au piano. À la JEC, au contact de Paulo, Bibi Louison et d’autres s’est confirmé son choix du piano comme instrument de prédilection.

M: Pendant ce temps, tu t’affirmes comme bassiste et tu es de plus en plus demandé?

AB: Oui. Avec l’autorisation de mes parents, je commence à animer quelques bals avec Caraïbana en l’absence de Monsieur Londas, mais toujours avec une guitare basse empruntée. Je n’avais toujours pas d’instrument. C’est à la faveur du passage en Martinique
d’un orchestre haïtien du nom de Volcan que j’ai pu avoir ma première basse, mon père avait accepté de me racheter celle du bassiste.

M: :Quelques années après vient la belle aventure avec Marius Cultier ?

AB: 1970, Marius vient en vacances en Martinique et me dit avoir écouté un disque que j‘avais enregistré avec Paul Rosine, Géno Exilie, Emilien Antile et le trompettiste Bernett De Hamil et avoir été enchanté par les lignes de basse par mon jeu ! Alors, il m’invite à partir
avec lui au Canada, j’ai accepté et j’y suis resté quatre ans. J’ai été surpris du répertoire de Marius là-bas. Je croyais que nous jouerions du jazz, mais en fait c’est de la variété et du rock que nous faisions public oblige. Passée ma déception des débuts, car moi je n’avais d’objectif que de faire du jazz, passée donc cette petite déception, cela a été pour moi une formidable expérience. Avec Marius j’ai beaucoup appris, de jouer avec lui c’était toute
une école. Quant au Canada, j’en ai gardé un excellent souvenir, celui d’un pays accueillant et d’un peuple ouvert et chaleureux.

M: Tu as eu envie de rester au Canada?

AB: Absolument ! J’étais parti pour rester. C’est tiré par Marius que je suis revenu en Martinique. Mon rêve c’était les États-Unis et au Canada j’en étais aux portes. Mon ambition était de pénétrer le monde des musiciens de jazz américains et de m’y faire ma place.
Nous avons eu des propositions, Marius et moi notamment une offre de Mongo Santamaria, mais Marius les a toutes repoussées. Avec le recul, finalement je ne suis pas mécontent d’être revenu au pays !

M: Comment se passe le retour en Martinique ? De manière plutôt mitigée et décevante. Et puis Fal Frett ?

AB: C’est une histoire qui commence avec le retour de mes frères Jacky et Nicol qui étaient tous les deux en France et qui reviennent en 1975. Nicol jouait un peu de la basse, mais s’était surtout spécialisé dans les percussions. Il a d’ailleurs innové ici en la matière en y introduisant de nouveaux éléments tels que le sifflet, le triangle, le siffon, le tiboi etc. Nous avons travaillé au projet Fal Frett pendant quatre bons mois chez nos parents avec deux camarades, Bib Monville et Jacky Alpha et c’est mon père qui écoutait régulièrement nos répétitions qui nous a poussés un jour à produire notre premier concert. Un concert intimiste auquel ont assisté la famille et quelques amis c’était au Cmac Foyer de Bellevue  Cela fait bien longtemps, plus de trente cinq ans.

M: Comment envisages-tu la suite ?

AB: Bien ! C’est la santé qui détermine le tout et tant que je l’aurai je ferai de la musique d’autant que ce ne sont pas les sollicitations qui manquent. Mon actualité musicale est toujours très riche et
enrichissante. Ma grande satisfaction c’est l’immense plaisir que je continue à éprouver quand je joue. Tant que j’aurai la santé…

Crédit photo : C. Cabit

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