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Un billet de Tony Chasseur, ou les états d’âme d’un chanteur 1

Je rencontre fréquemment des gens qui me disent « ou pa ka chanté ankò », ou bien « ou pa ka fè mizik ankò ». On sait nos gens assis devant leurs télés au spectacle de la vie des autres.
Mais tout de même…
Tu le sais, j’observe mon corps de métier avec beaucoup de recul et dans toute son étendue.
Les chanteurs (ses) de Martinique ne sortent plus beaucoup d’albums depuis plusieurs années, conscients des difficultés de ventes et de diffusion de leurs productions. Soit ils produisent des titres pour une sortie web (Max Télèphe), ou alors pour un moment très ponctuel (Noël, Carnaval), soit ils sont invités par d’autres musiciens en tant qu’interprètent (Guanel avec Christian Yéyé, Ralph avec Mario). Un Kalash a sorti un second album en 2018.
Mais… il y a deux chanteurs qui proposent des sorties avec de la nouveauté, des albums complets, fin 2018. Il y a Dédé St Prix et moi. On peut considérer avec le recul, que nous sortons pour les Antilles et la Guyane, rien n’émanant de Guadeloupe (à ma connaissance).
Tu as connu, tu as œuvré à une époque où, de notre île, on faisait un raz-de-marée médiatique d’un album, et la vague créée dépassait nos frontières pour aller rejoindre d’autres côtes.
Que se passe-t’il aujourd’hui pour que ces deux artistes martiniquais qui proposent des albums avec une certaine qualité ne soient pas largement répandus vers le public de notre péyi, et pas uniquement un titre, mais plusieurs titres de ces productions qui recèlent quelques pépites tout de même ? Faut-Il absolument être dans un mouvement de musique de soirée, de club, nos radios étant reléguées à simplement être leurs succursales ? Un « Racines » n’aurait donc aucune chance de succès aujourd’hui ? Un « Péyi-mwen jodi » ?
Je suis souvent sollicité pour diriger des plateaux artistiques sur la région parisienne, depuis 5 ou 6 ans. Je peux te dire que nous avons les meilleurs artistes, musiciens et chanteurs des Antilles Guyane. Une fois que tu as pioché Tanya et Jacob pour la Guadeloupe (ou peut aller jusqu’à Birman et Catherine si on veut aller vers un Zouk-Love populaire), tu as fait le tour. Même Admiral n’est plus bankable, idem pour Soft… En Martinique, tous styles confondus, tu as Kalash, Jocelyne, Ralph, Guanel, E.sy, Victor Ô, Dédé, Malavoi, La Perfecta, Harry, Ronald, Maurane, Jann Beaudry, je m’y place aussi, modestement. Tu peux offrir un panel vocal et musical beaucoup plus riche avec nos artistes, je le vis chaque année quand il s’agit d’élaborer les plateaux.
Nous devrions avoir, quand deux des artistes de notre île arrivent avec du neuf, de la qualité, qui plus est par des chanteurs qui représentent dignement la Martinique partout dans le Monde, une sorte de fierté « nationale » qui ferait que nos albums ruissellent médiatiquement sur toute l’île. On est loin du compte. On peut nous reprocher notre choix musical, tradition et folklore pour Dédé, musique élaborée, voire Jazz, pour moi, mais tout de même, y-a-t il tant de sorties « étrangères » (même commerciales) que cela pour que nos productions ne puissent figurer aux meilleures places en terme de diffusion médiatique sur notre île ?
On peut donc compter 4 sorties discographiques importantes pour 2018 en Martinique (aux Antilles-Guyane !!!), en incluant Mario.
Qu’est-ce qui peut bien faire que ces albums ne soient pas des références musicales dans tout le Péyi-Matinik, au niveau des médias ? Que l’on les entendent à longueur de journée sur les différentes ondes, en variant les titres ?
Cela fait écho à la conclusion du long post que j’ai publié il y a quelques jours sur ma page Facebook. Rien ne semble plus avoir d’impact culturel dans notre Martinique. On s’ébaudit deux jours du rassemblement de 20 000 personnes par un Kalash, et on sous-valorise quelques mois plus tard la sortie de son album.
Je vois combien en France on sur médiatise le moindre acte d’un artiste, c’est désespérant d’en être à ce point sous estimé chez nous.

Ne voit pas d’aigreur ni d’amertume dans ce message, tu as pu constater l’autre soir que je m’épanouis et suis heureux de mon itinéraire. Je ne suis d’ailleurs pas marqué physiquement par ce type de sentiment. C’est juste l’expression d’un ressenti, triste, décevant…

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