Home / Blog / TONY CHASSEUR SE CONFIE..

TONY CHASSEUR SE CONFIE.. 7

Tony Chasseur se confie en exclusivité à Makrelaj…Le chanteur a accepté de répondre à nos questions

Comment ça t’est venu, cette passion pour la musique et singulièrement pour le chant ?

Longue histoire, que je vais raccourcir… Je chante depuis ma plus tendre jeunesse, vers 8-9 ans, imitant les « Yéyé » à l’époque, mais rien dans ce hobby qui me laisse à penser que j’en ferai un métier plus tard. D’ailleurs entre 11 et 18 ans, ça reste une activité de salle de bain, comme beaucoup de personnes. Le chant revient de façon… « utile ». je poursuis des études d’anglais au Campus universitaire de Schœlcher et, pour mieux maîtriser ma diction anglaise, j’écoute des chanteurs nord-américains (avec une attirance déjà pour mon « Papy » décédé récemment, Al Jarreau, ou George Benson, ou Bob Marley). De l’écoute, je passe à la lecture de leurs textes, puis je me mets à les chantonner. C’est une rencontre au Campus, avec le pianiste Victor Adélaïde, qui, m’entendant justement chantonner dans le patio, m’aborde un jour et me propose de travailler le chant avec lui. Il a eut beaucoup d’indulgence à cette époque, je pense, sur mes qualités de chanteur. Mais c’est grâce à (ou a cause de) lui que je suis dans vos oreilles encore aujourd’hui…

Tu te souviens de ton tout début ?  

Avec Victor Adélaïde, nous travaillons au Sermac, à trois, car Victor avait déjà approché Christian Présent. Nous formons donc un duo et Victor nous permet cette même année de participer, en formule piano-deux voix, au festival de la ville de Fort-de-France, petit passage au Forum, il me semble. Nous chantions surtout des standards américains. J’ai appris ainsi l’harmonie vocale et le fait d’être en équilibre avec Christian sur les parties à deux voix. Cela me servira beaucoup ensuite, lors des séances de chœurs en studio. Quelques mois plus tard, Christian et moi intégrons un groupe de jeunes musiciens, où nous retrouvons d’ailleurs Pipo Gertrude. Ce sera Sunshine, groupe éphémère à 3 chanteurs, qui hantera les soirées du Club 78 d’Yv-Mari Séraline. Nous sommes début 1983…

Plusieurs décennies après quand tu fais le bilan, quel regard tu as sur ton parcours ?

Je ne suis toujours pas dans l’analyse profonde de cet itinéraire. Des erreurs, surtout au début, d’attitude, de choix musicaux. Des moments de détresse. Mais quelques amis, musiciens et du monde médiatique, m’aident, par des conseils, leur soutien et leurs invitations, concernant les musiciens, à participer à leurs projets, tous me permettent, plus qu’un impact sur le public véritable, de sortir des ornières qui jalonnent ce métier et d’y demeurer actif. Finalement, j’en tire une certaine expérience et, à force d’analyse critique, une recherche personnelle pour tenter d’être dans les bons choix concernant ma carrière. Plus facile à dire qu’à faire, tout de même. Tu as la réputation d’être le plus « professionnel » de nos artistes…

C’est ce mélange de rigueur et de prises de risques qui te vaut cette bonne réputation ?

Encore une fois, je ne suis pas dans ce genre d’analyse, qui serait une auto-analyse. J’aime plutôt être à l’heure à mes rendez-vous, plutôt démarrer un spectacle à l’heure et avec un comportement correct sur scène. Si j’ai eu des influences musicales, vocales dans mon parcours, je fais en sorte qu’elles ne soient pas trop visibles ou audibles dans mes réalisations. Voilà, des choix de vie appliqués à mon métier. Je pense être un bon camarade, je partage volontiers expériences, savoir, connaissance avec qui le souhaite. Je conserve tout de même une part discrète, notamment du côté familial. Je tente de toujours avoir des projets intéressants à proposer, et d’être toujours dans le bon timing pour leur réalisation. En gros, avoir un ou deux ans d’avance dans la préparation. Je pense déjà à ce que je vais faire en 2018 !!! Mes projets sont musicaux, dans le sens où je préfère utiliser des musiciens plutôt que l’informatique. Ils sont donc onéreux et peu adaptés au milieu musical actuel. Mais je m’adresse à un public spécifique et essaye de faire de façon à ce que le risque que je prends, qui est surtout financier, puisse finalement être amorti. Compliqué, de plus en plus, mais je ne suis plus très loin de la retraite (sourire)…

MizikOpéyi, un risque musical mais pas seulement ? Economique aussi ?

Je viens de l’évoquer, c’est vraiment un projet musical compliqué à gérer, à tous les niveaux. Nous sommes 18, donc c’est lourd !!! Par contre, musicalement, une fois passé le « mur de la finance », c’est un grand pied !!! Je ne crois pas à la musique de concert à 4 ou 5 à longue échéance. Je crois aux grands groupes pour des étincelles musicales, des surprises sonores et visuelles. C’est le cas depuis des décennies pour la Salsa. C’est selon moi le mieux pour notre musique populaire. Mais les contraintes économiques poussent à la réduction du personnel musical, parfois remplacé par l’informatique. Avec MizikOpéyi, impossible, l’informatique. Toute ma volonté est maintenant orientée vers le développement du Big Band.

Comment Thierry et toi vous répartissez vous les taches et les responsabilités?

Nous avons monté la formation ensemble, à l’initiative de Thierry. Je suis le producteur, j’amène la partie finances, j’en suis aussi le chef d’orchestre, donc je définis les grandes orientations musicales, mais toujours en concertation avec Thierry, qui en est le directeur musical. Je le consulte sur toutes les décisions à prendre, ne serait-ce qu’un musicien à remplacer (plannings difficiles à maîtriser, nous sommes 18). Le tournant Créole Jazz de MizikOpéyi en 2013 émane de moi, mais c’était aussi le souhait de Thierry. Concernant les arrangements ou les choix de titres, je soumets des propositions, même des directions d’arrangements et Thierry, que je considère comme l’un des tous meilleurs arrangeurs du monde, rend tout cela musical. Et on affine ensemble.

Il t’a composé deux nouvelles pièces que tu vas présenter à l’Atrium, lors de ton concert du 7 avril, elles entrent d’emblée dans le répertoire du big band

Elles seront d’office au répertoire et serviront « d’attrait nouveautés » pour les prochains concerts. J’ai tenu à permettre à Thierry d’exprimer aussi son côté compositeur cette année. Je lui ai donc « commandé » deux titres inédits, et pas de reprises, dans un souci d’alternance et de création pour MizikOpéyi. « Volé Song » est un duo en Allen Hoist et moi, « Toujou la » est un boléro-cha plutôt instrumental (objet de discussion entre Thierry et moi, il tenait à ce que je chante tout le long. J’ai accepté d’interpréter les refrains finalement, afin d’intégrer un titre plus axé sur les instruments que la voix au répertoire). Thierry souhaitait aussi un titre plus posé dans nos concerts.

Comment juges tu la nouvelle génération de la scène musicale antillaise ?

Elle est diverse, ouverte, t’y reconnais tu ? J’entends par-ci par-là que le zouk est mort, débat lancé par des artistes zouk souvent. Je n’ai ni l’envie ni le temps d’intervenir dans ce genre de discussion. Je ne suis pas féru de zouk-love en français, mais s’il y a un public pour cette musique, kité’y maché !!! J’avoue ne pas connaître la nouvelle génération que tu évoques. J’écoute pourtant beaucoup les radios, mais il m’est difficile de m’attacher à quelque chose. Je crois qu’ils en ont autant à mon égard. Bref, je poursuis mon chemin, avec mes choix artistiques, qui sont parfois modernes. Je ne fais pas partie de la nouvelle génération, les médias qui diffusent cette génération et leurs musiques me l’ont bien fait comprendre il y a quelques années. On ne se manque pas, réciproquement, et c’est bien ainsi. Je suis heureux d’avoir trouvé ma place dans le paysage artistique créole et c’est tout ce que je souhaite, en toute sincérité, à la « nouvelle génération ».

Dis nous ou tu en es de ton expérience radiophonique, je crois qu’il y a du nouveau sur ce plan là!!!!

Après quelques semaines d’arrêt suite à mon départ de la radio communautaire parisienne, j’ai le plaisir de me retrouver sur le réseau Outremer 1ère pour reprendre mon émission Kréyol Djaz, une heure de musique riche et métissée. J’en suis ravi. J’enregistre à Paris, mais le programme est repris par Martinique 1ère, Guyane 1ère, Wallis & Futuna, Nouvelle-Calédonie, bientôt La Réunion. Je suis au service de cette musique, qui correspond à ce que je suis aujourd’hui, et au service de ses créateurs, les pionniers comme la nouvelle génération, avec laquelle, pour rebondir sur la question précédente, j’ai d’excellentes relations.

Le 7 avril tu retournes à l’Atrium.  Je suppose que c’est toujours important pour toi de revenir en Martinique avec MizikOpéyi.

La véritable base publique du Big Band est o péyi, même si nous jouons en d’autres lieux, la résonance des créations de MizikOpéyi est la plus forte en Martinique. Nous venons rarement, notre dernière prestation remonte à 2014. Mais nous ne pouvons imaginer meilleur public pour nos réalisation. À tout cela se mêle, pour Thierry et moi, une grande fierté de représenter notre Île, et une grande reconnaissance envers le public qui nous soutien dans cette démarche.

Ignace Pastel

Recent comments

Theme developed by ThemeStash - Premium WP Themes and Websites